Ebola en RDC : 700 millions de dollars évaporés, Africa CDC accuse et exige des comptes

L'alerte qui fait scandale à Kinshasa – Sur 962 millions de dollars déboursés par les donateurs, seulement 200 millions sont tracés. 700 millions à rechercher. C'est le calcul lâché mercredi à Kinshasa par le Dr Jean Kaseya, directeur général d'Africa CDC, devant la presse congolaise.

Sur les moins de 30% [de partenaires] qui ont participé, on n'a pu tracer que 200 millions.
Sur ces 200 et quelques millions, à peu près 100 millions existent et n'ont jamais été utilisés.
Ça fait 700 millions de dollars à rechercher et qui existent. C'est là le combat qu'on va mener et je peux vous dire, on ne va pas lâcher.
On ne parle pas de promesses, mais d'argent annoncé comme déboursé via les partenaires engagés pour la 17e épidémie d'Ebola, dont l'épicentre est en Ituri.
Comment 700 millions deviennent introuvables ?
La mécanique est décrite par Africa CDC lui-même :
1. Une chaîne à rallonge. L'argent ne va pas directement à l'État. Il transite par les partenaires d'exécution de l'INSP, l'Institut national de santé publique.
2. Un rendez-vous de vérité boycotté. Le Dr Kalambayi avec le directeur général de l'INSP ont convoqué tous les partenaires pour retracer les fonds. Résultat : moins de 30% sont venus. Impossible donc de justifier les 962 millions affichés par les donateurs.
3. Même l'argent retrouvé dort. Sur les 200 millions déclarés, environ 100 millions n'ont jamais été utilisés, alors que soignants et traceurs de contacts dénoncent des retards de paiement sur le terrain.
Ce n'est pas nouveau. Dès juin, Kaseya dénonçait l'écart entre annonces et réalité : au 4 juin, moins de 2 millions étaient arrivés dans les pays affectés malgré environ 498 millions de promesses, comme le rapportait Health Policy Watch le 15 juin 2026 dernier.
Même flou côté américain : Washington annonce 270 millions en argent direct Ebola plus 50 millions d'intention pour le CEPI, mais Africa CDC avoue ne pas savoir combien est réellement déboursé, à qui et pour quoi. L'ONG Action Contre la Faim estimait alors que seulement 35% du plan d'intervention était couvert, selon la Deutsche Welle le 19 juin 2026.
Pendant ce temps, les annonces s'empilent : 910 millions de promesses obtenues par l'Union africaine dont 80 millions d'États africains, plan conjoint OMS-Africa CDC de 518 millions, 220 millions d'urgence de la Banque mondiale, 493 millions d'euros de l'Union européenne.
Beaucoup d'annonces, peu d'argent traçable sur le terrain.
Qui sont les responsables ? Ebola en RDC : 700 millions de dollars évaporés Africa CDC accuse.
Attention : il n'y a à ce stade aucun verdict judiciaire sur ces 700 millions. On parle de responsabilités fonctionnelles, pointées par les faits vérifiables :
Les partenaires absents. Ce sont eux qui ont reçu les fonds via l'INSP et qui ne se sont pas présentés à la réunion de traçabilité. Tant qu'ils ne justifient pas, l'argent reste intraçable. C'est le cœur de l'accusation de Kaseya.
Les circuits opaques des donateurs. Annonces sans décaissement prouvé, versements à des intermédiaires comme OCHA sans reporting public, non-coordination avec l'OMS. Le cas américain, avec l'interdiction faite aux experts US de traiter directement avec l'OMS après le retrait américain de 2025, a encore compliqué la lisibilité, selon les sources citées par Health Policy Watch.
La gouvernance sanitaire nationale. L'INSP, l'INRB et le ministère de la Santé sont au centre du système. Le ministre de la Santé, Dr Samuel Roger Kamba, assurait en juin que les fonds seraient gérés de manière transparente et décentralisée. Sur le terrain, le Front démocratique africain dénonce le décalage entre le budget 2026 de l'État, près de 21 milliards de dollars, et la réalité opérationnelle, et réclame un audit public et la démission du ministre, dans une tribune publiée par L'Humanité le 9 septembre 2026 dernier.
Le fantôme de l'"Ebola business". Le précédent pèse lourd : en 2019, l'ex-ministre de la Santé Oly Ilunga avait été interpellé, soupçonné de détournement de fonds Ebola, selon La Croix, 14 septembre 2019. En 2022, l'IGF révélait plus de 6 millions USD non traçables au ministère de la Santé, selon RFI, 13 février 2022, et jusqu'à 300 millions suspectés sur 4 programmes selon Actualité.cd. D'où le mot qui revient : Ebola business.
Pendant ce temps, le pire bilan de l'histoire du pays
Ce 15 octobre, l'épidémie fête ses 5 mois, jour pour jour depuis la déclaration du gouvernement :
9 144 cas, 4 410 décès, 2 418 guéris, létalité de 48,2%.
C'est déjà la pire épidémie d'Ebola qu'ait connue la RDC en cas et en morts, et la deuxième du continent après celle d'Afrique de l'Ouest.La question n'est donc plus seulement comptable. Chaque million non tracé, c'est une tente d'isolement, des équipes de surveillance et des vaccins qui manquent en Ituri, au Nord-Kivu, en Tshopo, dans le Bas et Haut-Uélé.
Africa CDC promet de ne pas lâcher. La société civile exige un audit public indépendant : premières alertes, financements réellement disponibles, rôle de l'INSP et de l'INRB, responsabilités.
Sans cela, les 700 millions resteront le symbole d'une riposte riche en promesses et pauvre en preuves.
Ebola en RDC : 700 millions de dollars évaporés Africa CDC accuse.



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