RDC : Kabila prend officiellement les armes — l'AFC/M23 dissoute, place au FRN

Ce lundi 12 octobre 2026 à Goma, l'ex-président Joseph Kabila a franchi un cap historique : il préside désormais un mouvement politico-militaire, le Front pour la refondation de la nation (FRN), qui absorbe et dissout l'AFC/M23. Condamné à mort il y a un an, il assume la confrontation armée contre Félix Tshisekedi au nom de l'article 64 de la Constitution. Décryptage.

1. Ce qui s'est passé à Goma ce 12 octobre
Selon Jeune Afrique, le FRN a été proclamé à Goma, chef-lieu du Nord-Kivu sous contrôle de la rébellion depuis janvier 2025.
Sur la photo officielle : Bertrand Bisimwa, Corneille Nangaa, Joseph Kabila, Sultani Makenga et Freddy Kaniki.
L'annonce acte la dissolution officielle de l'AFC/M23, confirmée aussi par Straits Times / Daily Maverick : Kabila conduit un nouveau groupe destiné à remplacer l'insurrection du M23.
La déclaration de lancement a été lue par nul autre que Claude Ibalanky, ancien conseiller de Félix Tshisekedi.
2. Qui dirige quoi ? Le nouvel organigramme
Toujours selon des sources proches du mouvement citées par Jeune Afrique :
Président : Joseph Kabila, ex-président (2001-2019)
Vice-présidents : Corneille Nangaa (ex-coordonnateur de l'AFC) et Bertrand Bisimwa (président du M23)
Chef d'état-major général, avec rang de vice-président : Sultani Makenga, chef militaire du M23
Secrétariat général : Freddy Kaniki, secondé par Benjamin Bonimpa
C'est une mutualisation claire : le politique (Kabila, Nangaa) et le militaire (Makenga) sont réunis dans une même structure. L'objectif affiché : « mutualiser les forces et les efforts » pour mettre fin à ce que le mouvement qualifie de « tyrannie » de Félix Tshisekedi, par « tous les moyens », y compris la force.
Base juridique invoquée : l'article 64 de la Constitution, qui fait devoir à tout Congolais de faire échec à tout pouvoir pris ou exercé en violation de la Constitution.
3. Pourquoi maintenant ? Le contour complet
Ce basculement n'est pas une surprise, c'est l'aboutissement d'un an d'escalade :
a) Une condamnation à mort. Le 30 septembre 2025, la Haute Cour militaire de Kinshasa a condamné Kabila à mort par contumace pour trahison, crimes de guerre et participation à l'insurrection liée au M23. Le 30 septembre 2026 marquait le premier anniversaire du verdict.
b) Un retour assumé à Goma. En mai 2025, après des mois à l'étranger, Kabila est revenu au pays... par Goma, ville tenue par l'AFC/M23. Il y a depuis multiplié les séjours.
c) Un discours-préavis le 9 octobre. Trois jours avant l'annonce, Kabila publie « Le pays est en péril : ne pas agir, c'est être complice ». Il y affirme que ses propositions de mai 2025 — un « pacte citoyen » en 12 points — ont été « superbement ignorées ». Il promet alors de partager « dans les heures, les jours ou les semaines à venir » sa conviction pour « sauver la RDC ».
d) Un rapport ONU prémonitoire. En juin 2026, le groupe d'experts des Nations unies sur la RDC documentait l'ampleur des liens de fait entre Kabila et la rébellion et prévenait : un « remaniement en profondeur de la direction et de la structure du mouvement était imminent » et « Joseph Kabila devrait y occuper des fonctions de premier plan ».
e) Des sanctions américaines. Ciblé en avril par le Trésor américain pour soutien présumé à l'AFC/M23, Kabila a mandaté un avocat aux États-Unis pour les contester.
Autrement dit : sans immunité, sous le coup d'une peine capitale, exclu du dialogue de Kinshasa, Kabila n'avait plus, selon l'analyse d'Afrikarabia, « plus vraiment d'autres choix que de se rapprocher de la rébellion ».
4. Dissolution de l'AFC/M23 : rupture ou rebranding ?
Il faut lire le FRN pour ce qu'il est : pas une nouvelle rébellion de plus, mais une refondation politique.
L'AFC/M23 était perçue comme une rébellion régionale du Kivu, adossée au Rwanda selon Kinshasa et l'ONU. Le FRN veut en faire un front national, présidé par un ex-chef de l'État, avec un vocabulaire constitutionnel, pas seulement militaire.
C'est à la fois plus dangereux et plus politique : plus dangereux parce que cela officialise l'unité de commandement ; plus politique parce que Kabila cherche une légitimité d'opposant national, pas de chef de guerre local.
5. Et maintenant ? 3 scénarios
1. Escalade militaire. Avec Makenga à l'état-major, le FRN assume « tous les moyens ». Les combats dans l'Est peuvent s'intensifier.
2. Recomposition diplomatique. Washington et Doha tentent une médiation. Un front présidé par Kabila complique le dialogue national voulu par Kinshasa, qui refuse de parler à un « condamné à mort ».
3. Bataille du récit. Kinshasa parlera de « haute trahison ». Goma parlera de « résistance constitutionnelle » (art. 64). La bataille se jouera aussi à l'ONU et devant l'opinion.Ce qu'on ne sait pas encore — à vérifier : l'étendue exacte des forces ralliées au FRN au-delà de l'AFC/M23, la réaction officielle de Kinshasa ce soir, et la position rwandaise.
En un mot : Kabila n'est plus l'allié présumé de la rébellion. Il en est le visage officiel. La crise congolaise change de nature.



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