Cuivre : comment le deal RDC - USA de Washington commence déjà à payer pour les Américains

C'était impensable il y a deux ans. En juillet 2026, les États-Unis ont importé 53 290 tonnes de cuivre raffiné de RDC, soit 23,9% de toutes leurs importations de cuivre. Un record mensuel qui propulse Kinshasa au rang de 2e fournisseur des USA et qui concrétise, chiffres à l'appui, le partenariat stratégique signé à Washington le 4 décembre 2025.

Le chiffre qui change tout : 23,9%
Selon les données douanières américaines citées par Reuters le 3 septembre, les importations totales de cuivre raffiné et d'alliages des États-Unis ont atteint un record historique de 225 094 tonnes en juillet 2026, en hausse de 78% par rapport à juin, et pour la première fois au-dessus des 220 000 tonnes.
Sur ce total, la RDC a fourni 53 290 tonnes. Résultat : 23,9% de part de marché pour Kinshasa. Le Chili reste numéro 1 avec environ 46% des volumes, mais la RDC s'installe solidement à la 2e place.
Le contraste est vertigineux : sur l'ensemble de l'année 2024, les USA avaient importé moins de 32 000 tonnes de cuivre congolais. En juillet 2026 seul, ils en ont importé 1,6 fois plus qu'en une année entière deux ans plus tôt.
Et la tendance n'est pas un accident. D'après Benchmark Minerals, cité par Agence Ecofin, les USA ont déjà importé 1,63 million de tonnes de cuivre raffiné en 2025 (+81% sur un an), dont 187 000 tonnes venues de RDC - déjà 2e fournisseur derrière le Chili (876 000 t) et devant le Canada et le Pérou.
Pourquoi les Américains se ruent sur le cuivre congolais ?
Trois raisons expliquent le bond, et elles profitent directement aux industriels américains :
1. Le prix. Le cuivre congolais n'est pas approuvé pour livraison sur le COMEX (le marché à terme américain), mais il est acheté sur la base du prix du London Metal Exchange (LME). Reuters indique qu'il s'échange avec une décote de 550 à 800 dollars par tonne. Pour les fabricants américains de tiges et tubes de cuivre, c'est une aubaine.
2. L'anticipation des droits de douane. Le 8 juillet 2025, Donald Trump a annoncé un droit de douane de 50% sur toutes les importations de cuivre. Les négociants se sont précipités pour sécuriser du métal avant l'entrée en vigueur, dopant artificiellement les volumes de juillet.
3. La qualité et la stratégie. La qualité du métal congolais s'est améliorée, et surtout, Washington a décidé de sécuriser ses chaînes d'approvisionnement loin de la Chine.
Le deal RDC-USA passe à l'action
Ce record n'est pas un hasard de marché. Il est la traduction directe du Partenariat stratégique RDC - USA signé le 4 décembre 2025 à Washington.
L'accord prévoit que la RDC et ses entreprises publiques, via leurs droits de commercialisation, "donnent accès à des contrats d'enlèvement (offtake) et approvisionnent le marché américain" avec un droit de première offre accordé aux acteurs américains ou à leurs alliés. Objectif affiché à 5 ans : faire transiter 50% du cuivre et 90% du zinc par le Corridor de Lobito.
Sur le terrain, ça bouge déjà :
La Gécamines, qui exerce son droit de prélèvement sur la production des coentreprises, a doublé la part de ses ventes vers les USA et l'Europe au 1er semestre 2026, via son partenariat de négoce avec Mercuria.
Selon le cabinet Innogence Consulting, ses participations lui permettraient d'orienter jusqu'à 250 000 tonnes de cuivre, 12 000 tonnes de cobalt et 100 000 tonnes de zinc vers les USA en 2026.
Côté investissements : rachat finalisé en mars 2026 du producteur Chemaf SA par l'américain Virtus Minerals, et projet d'Orion Critical Minerals (soutenu par Washington) pour entrer au capital des mines géantes de Mutanda et Kamoto (Glencore).
2 milliards de dollars en 7 mois : l'effet cuivre
Le cuivre est le moteur absolu du commerce bilatéral. Entre janvier et juillet 2026, les exportations de la RDC vers les USA ont atteint 2,123 milliards de dollars, contre 1,281 milliard sur la même période en 2025 (+66%). En 7 mois, la RDC a déjà dépassé son record historique annuel de 2025 (1,928 milliard) et fait près de 7 fois mieux que l'ensemble de l'année 2024 (323,2 millions).
À lui seul, le mois de juillet a pesé 712,7 millions de dollars d'importations américaines depuis la RDC (+170% vs juillet 2025). Sur cette somme, le cuivre et ouvrages en cuivre ont représenté 94% en 2025 (1,81 milliard $) et près de 74% au 1er semestre 2026. Comment le deal RDC - USA de Washington commence déjà à payer pour les Américains.
Ce n'est que le début - et la Chine reste devant
Attention à ne pas surinterpréter : la RDC ne remplace pas la Chine. Pékin reste de loin le premier client du cuivre congolais avec 39,4% des exportations en juillet, contre 23,9% pour les USA. Mais les importations chinoises depuis la RDC ont reculé de 4,3% sur les 7 premiers mois de 2026.
Pour les USA, l'enjeu est clair : dans un pays où les minerais représentent plus de 95% des recettes d'exportation et qui est le 2e producteur mondial de cuivre, s'assurer un accès direct, moins cher et politiquement sécurisé est vital pour l'électrification, la défense et l'industrie.
Le record de juillet prouve que la diversification voulue par Kinshasa - "réduire la dépendance au circuit chinois et monétiser directement les parts de l'État" selon la Cellule Technique de Coordination et de Planification Minière (CTCPM) - et la sécurisation voulue par Washington convergent. La phase 2, celle de la transformation locale et du Corridor de Lobito, dira si le deal tient toutes ses promesses.
Sources : Données douanières US via Reuters (03/09/2026) / Agence Ecofin (04/09/2026) / Bankable Africa d'après US Census Bureau (04/09/2026) / 360 Angola / Benchmark Minerals / CTCPM Rapport S1 2026 / IEA - DRC-US Strategic Partnership (04/12/2025).



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