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RDC : le 15 septembre, l'opposition face au pouvoir — ce qui va se jouer

  • Photo du rédacteur: La Rédaction
    La Rédaction
  • 17 août
  • 6 min de lecture

Après le 15 août : où va l'opposition congolaise ?


Le 15 août 2026, l'ultimatum fixé par la Coalition Article 64 (C64) a expiré sans que le dialogue national soit convoqué. Mais l'opposition n'a ni triomphé, ni renoncé : elle a fixé un nouveau rendez-vous — le 15 septembre, jour où coïncident l'ouverture de la session parlementaire et une marche nationale vers le Palais du Peuple. Voici ce qu'il faut lire entre les lignes des communiqués de la C64, de Martin Fayulu, d'Olivier Kamitatu et du camp de Joseph Kabila.


La convergence est réelle (tous exigent des garanties constitutionnelles et des mesures de décrispation), mais la différence de méthode est profonde : Fayulu tient la ligne du refus, Katumbi par Kamitatu pose les conditions d'une négociation crédible, Kabila réclame un cadre extérieur. Le pouvoir, lui, gagne du temps. Le 15 septembre dira si ce temps a été gagné pour dialoguer — ou pour consolider.
Moïse Katumbi, Joseph Kabila and Martin Fayulu. © Montage Vincent Fournier for The Africa Report – Photos Luis TATO/AFP

1. Le fil des événements depuis début juillet


Le récit a pris forme en six temps, et chacun a déplacé le rapport de force.


Le 17 juillet — Le cardinal Fridolin Ambongo annonce, après une rencontre avec Félix Tshisekedi, l'ouverture prochaine d'un dialogue national. L'opposition y voit une fenêtre, mais se méfie d'un calendrier sans engagement.


Le 20 juillet — La C64 reporte sa marche prévue le 22 juillet et accorde au pouvoir un délai : convoquer officiellement le dialogue avant le 15 août, sinon reprise de la mobilisation. C'est la première fois que l'opposition « paie » en patience contre une simple annonce — un pari qu'Olivier Kamitatu qualifiera plus tard de risque : « suspendre l'exigence contre un délai reviendrait à payer deux fois la même marchandise ».


Le 28 juillet — La Cour constitutionnelle déclare conforme à la Constitution la loi fixant les conditions d'organisation du référendum, en l'assortissant de réserves portant sur 13 de ses 44 articles (arrêt R.Const. 2695). Aucune disposition n'est invalidée.


Le 29 juillet — Réaction immédiate de la C64, qui dénonce une « rébellion judiciaire de la Cour constitutionnelle ». La déclaration, lue par Dieudonné Bolengetenge (secrétaire général d'Ensemble), est sans ambiguïté : « L'arrêt de la Cour confirme le complot contre l'ordre constitutionnel et ouvre la voie à la balkanisation de la République » Radio Okapi. Quatre lignes rouges sont posées : le contournement de la Constitution, la personnalisation des institutions, le changement constitutionnel et le troisième mandat.


Le 10 août — Félix Tshisekedi saisit les deux chambres du Parlement (lettre n°26/009) pour solliciter une « nouvelle délibération » sur le fondement de l'article 137 de la Constitution. Le renvoi est annoncé publiquement le 13 août par le Bureau de l'Assemblée nationale, qui inscrit le réexamen à la session de septembre.


Le 15 août — L'ultimatum expire. La C64 se réunit à Kinshasa, constate que « rien n'a été fait », et annonce une marche nationale le 15 septembre vers le Palais du Peuple.


2. La clé de voûte : l'article 220


Toute la tension tient en un article. L'article 220 de la Constitution dispose que le nombre et la durée des mandats du président de la République ne peuvent faire l'objet d'aucune révision.Pour l'opposition, la loi référendaire est la porte d'entrée juridique d'un changement constitutionnel qui toucherait précisément ce verrou. C'est pourquoi la C64 répète en boucle le même mot d'ordre, résumé dans son communiqué du 29 juillet : « La Constitution n'est pas négociable. Elle s'impose à tous ».


3. Martin Fayulu : la ligne du « non » constitutionnel


Martin Fayulu est le visage de la C64 et le garant de sa cohérence idéologique. Sa position n'a pas bougé depuis juillet : le dialogue ne peut être qu'un instrument de sauvegarde de la Constitution, jamais un cadre pour la modifier. Derrière lui, la coalition a fait preuve de discipline : la marche du 22 juillet a été suspendue et reportée au 15 septembre. Fayulu accepte de temporiser car la nouvelle échéance lui offre un levier.


Au lendemain de l'expiration de l'ultimatum (16 août), il élargit pourtant le cadre : le dialogue « ne peut être crédible s'il exclut le M23 », exigeant la participation de Joseph Kabila et Corneille Nangaa, et interpelle directement l'ANR pour qu'elle cesse « les arrestations et le harcèlement » visant les membres de la coalition — deux gestes qui confirment la stratégie : refuser la consolidation du texte, mais imposer le périmètre du dialogue.


4. Olivier Kamitatu : la tribune qui cadence l'après-15 août


Olivier Kamitatu, porte-parole de Moïse Katumbi, publie le 14 août une analyse claire des événements. Sa thèse : « Un délai se reprend. Une garantie se tient. » Il considère que le renvoi de la loi n'est qu'un geste d'apaisement sans engagement irréversible.


Kamitatu exige en des mots clairs que le président déclare publiquement que ni le dialogue ni une consultation référendaire ne modifieront les mandats présidentiels: « Il suffit d'une phrase pour lever l'hypothèque. Il suffit d'un silence pour la confirmer. »


Il réclame le retrait du texte, un engagement écrit validé par la médiation internationale, et des mesures de décrispation. Il pose cinq questions pour tester la crédibilité du dialogue et avertit : « Septembre dira la vérité. »


5. Joseph Kabila : le dialogue oui, mais ailleurs et sans Tshisekedi garant


Le camp Kabila a joué une carte distincte — et complémentaire. La plateforme « Sauvons la RDC », formée autour de l'ancien président, a répondu dès le 1er août qu'elle était favorable au principe du dialogue, mais avec sept conditions. Ici notre article sur les détails des conditions.


L'une des conditions notables, à savoir que le dialogue se tienne dans un « pays tiers », est en opposition directe avec la position du président, qui préfère qu'il se déroule sur le sol congolais. Cette exigence est d'autant plus significative que Joseph Kabila a été condamné par la justice militaire, ce qui fait que sa participation dépend d'un cadre extraterritorial.


6. Le gouvernement : « l'agenda du président ne répond pas à un ultimatum »


Face à la coalition, la réaction du pouvoir demeure inchangée depuis le 29 juillet. Le porte-parole Patrick Muyaya a déclaré : « L'agenda du président de la République ne répond pas à une quelconque forme d'ultimatum », qualifiant l'initiative de l'opposition d'idée « politiquement politicienne ».


Le message est limpide : le dialogue se déroulera selon le rythme et les conditions du président, non de l'opposition. Le renvoi de la loi, présenté comme un geste d'ouverture, est également une manière de reprendre le contrôle du calendrier — en reportant l'épreuve de force à une session parlementaire que le camp présidentiel domine.


7. À quoi s'attendre : les trois scénarios du 15 septembre l'opposition face au pouvoir


Le 15 septembre concentre désormais toute l'attention, car deux échéances y convergent : l'ouverture de la session ordinaire (où la loi référendaire doit être réexaminée) et la marche de la C64 vers le Palais du Peuple.


Scénario 1 — Le retrait et l'engagement écrit. Le pouvoir retire la loi et Tshisekedi prononce publiquement la phrase attendue sur les mandats. C'est le scénario qui débloquerait tout, au prix d'un recul symbolique. Kamitatu l'a explicitement appelé de ses vœux. Peu probable à court terme, mais c'est le seul qui ouvrirait un vrai dialogue inclusif.


Scénario 2 — La consolidation et le dialogue à géométrie variable. Le Parlement révise le texte en septembre et l'adopte « avec modifications », pendant que le pouvoir convoque un dialogue sans l'opposition radicale. C'est le scénario le plus probable au vu de la trajectoire : la loi reste un instrument, le dialogue se tient mais exclut de fait les plus durs — à commencer par l'AFC/M23 et, potentiellement, le camp Kabila.


Scénario 3 — L'épreuve de force dans la rue. La marche du 15 septembre est réprimée ou interdite, la tension monte, et la fenêtre du dialogue se referme. Les analystes interrogés par la DW ont déjà mis en garde contre ce risque, soulignant que la validation rapide de la loi « porte de l'eau au moulin de ceux qui disent que la seule façon de s'opposer au gouvernement serait par les armes » Deutsche Welle.


Conclusion : le silence qui en dit long


La phrase décisive de la séquence reste celle d'Olivier Kamitatu : « Il suffit d'une phrase pour lever l'hypothèque. Il suffit d'un silence pour la confirmer. »


Depuis le 10 août, ce silence n'a pas été rompu. Le renvoi de la loi n'a été accompagné d'aucun engagement public sur le nombre et la durée des mandats. C'est précisément ce vide qui maintient l'opposition — C64, Ensemble, « Sauvons la RDC » — en état de mobilisation, malgré leurs divergences stratégiques.


La convergence est réelle (tous exigent des garanties constitutionnelles et des mesures de décrispation), mais la différence de méthode est profonde : Fayulu tient la ligne du refus, Katumbi à travers Kamitatu pose les conditions d'une négociation crédible, Kabila réclame un cadre extérieur. Le pouvoir, lui, gagne du temps. Le 15 septembre dira si ce temps a été gagné pour dialoguer — ou pour consolider.


RDC : le 15 septembre, l'opposition face au pouvoir — ce qui va se jouer.


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