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Qui est vraiment le Général Kasongo Kabwik, le joker de Tshisekedi pour Kinshasa ?

  • Photo du rédacteur: La Rédaction
    La Rédaction
  • il y a 6 jours
  • 4 min de lecture

Ce jeudi 27 août 2026, le président Félix Tshisekedi décore le lieutenant-général Jean-Pierre Kasongo Kabwik. Une distinction pour "éminents services rendus à la nation" qui récompense bien plus qu'un militaire : le patron du Service National, l'homme qui a fait de Kaniama-Kasese sa vitrine et de l'assainissement de Kinshasa sa nouvelle mission. Portrait d'un officier à part, entre treillis et travaux publics.


On l'appelle "l'homme des bâtisseurs". Discret, rarement bavard, le lieutenant-général Jean-Pierre Kasongo Kabwik n'a rien du général de salon. Officier de carrière avec plus de 30 ans au sein des fardc, il a passé l'essentiel de sa carrière loin des états-majors feutrés de Kinshasa.



Depuis le 15 juillet 2018, il commande le Service National. Une structure paramilitaire créée par décret-loi le 15 octobre 1997 sous Laurent-Désiré Kabila comme "service d'éducation, d'encadrement et de mobilisation des actions civiques".
Le lieutenant-général Jean-Pierre Kasongo Kabwik débout devant son bureau, drapeau de la RDC à sa droite.

1. Portrait : L'officier qui ne voulait plus porter que l'uniforme


On l'appelle "l'homme des bâtisseurs". Discret, rarement bavard, le lieutenant-général Jean-Pierre Kasongo Kabwik n'a rien du général de salon. Officier de carrière avec plus de 30 ans au sein des fardc, il a passé l'essentiel de sa carrière loin des états-majors feutrés de Kinshasa.


Depuis le 15 juillet 2018, il commande le Service National. Une structure paramilitaire créée par décret-loi le 15 octobre 1997 sous Laurent-Désiré Kabila comme "service d'éducation, d'encadrement et de mobilisation des actions civiques", puis tombée en sommeil. Kasongo Kabwik l'a ressuscitée. Promu général-major en 2020 puis lieutenant-général, il en a fait l'outil le plus visible du quinquennat Tshisekedi.


Sa doctrine tient en une phrase qu'il assumait en 2022 dans Heshima Magazine à propos des kuluna : "Il fallait laver leurs cerveaux, leur dire que la nation a besoin d'eux". Au-delà de la formule choc, l'idée : autodéfense, professionnalisation, apprentissage d'un métier pour "oublier leurs anciennes pratiques". À l'époque, plus de 2 000 jeunes dont 33 femmes avaient déjà été transférés de Kinshasa vers son fief.


2. Parcours : De la 1ère Zone de Défense à Kaniama-Kasese


Avant le Service National, Kasongo Kabwik a commandé la 1ère Zone de Défense, qui couvre Kinshasa et l'Ouest du pays. Une position stratégique qui lui a donné une connaissance intime de la capitale qu'il est aujourd'hui chargé de nettoyer.


Son nom reste indissociable de Kaniama-Kasese (Haut-Lomami), rebaptisé Centre Félix-Antoine Tshisekedi. C'est son laboratoire. En quelques années, ce qui n'était qu'une vaste étendue est devenu une cité témoin : aérodrome, hôpital de 85 lits, écoles, forages, reboisement. Le Service National y affiche des objectifs agricoles de dizaines de milliers de tonnes de maïs et a lancé l'opération "Pas d'école sans bancs", avec des centaines de bancs-pupitres livrés aux écoles publiques kinoises.


C'est ce bilan "béton + maïs" qui a convaincu la Présidence de lui confier, fin mai 2026, la Task Force pour l'assainissement de Kinshasa. Placée sous l'autorité directe du président, elle réunit les ministères de l'Intérieur, de la Défense, de l'Urbanisme, de la Santé, de l'Environnement et des Infrastructures avec l'Hôtel de Ville. Objectif : rendre à "Kin la Belle" sa propreté, dans ses quatre districts.


3. Réalisations et zones d'ombre


Le bilan chiffré plaide pour lui : infrastructures, production, encadrement. Mais la méthode divise.


En août 2021, le ministre des Droits humains s'était opposé au transfert des kuluna vers Kaniama-Kasese, le jugeant "attentatoire" aux droits humains. Des ONG continuent de s'interroger sur une rééducation "par méthodes militaires". Le général se défend : acte d'engagement volontaire signé par chaque jeune, alternative à la prison, pas de contrainte.


Cette ambiguïté est au cœur du personnage : une mission civile (éducation, agriculture, salubrité) menée avec un commandement militaire.


Cette décoration n'est pas qu'une médaille. Elle est un signal politique, , Tshisekedi ne décore pas seulement un parcours, il blinde son joker pour la bataille la plus visible de son mandat : rendre Kinshasa vivable.
Le lieutenant-général Jean-Pierre Kasongo Kabwik s'exprimant devant micro, à côté du gouverneur de la ville Kinshasa Daniel Bumba.

4. Analyse : Que va changer cette décoration du 27 août ?


Cette décoration n'est pas qu'une médaille. Elle est un signal politique en trois actes.


1. De l'ombre à la lumière institutionnelle. Jusqu'ici, Kasongo Kabwik était un exécutant efficace mais en retrait. Décoré aux côtés de deux figures de la société civile (Bokambulu Bofumbo Élodie pour l'inclusion des enfants et Temuni Ngoyi Mawa Liliane pour les enfants malades), il entre dans le cercle des "serviteurs de la nation et de l'humanité" reconnus officiellement. On ne le regardera plus comme un simple chef de service, mais comme un homme d'État en uniforme.


2. Une légitimation pour Kinshasa. En le décorant maintenant, à trois mois du lancement de la Task Force salubrité, Tshisekedi lui donne un capital symbolique indispensable. Face aux bourgmestres, aux ministres et aux Kinois sceptiques, le général ne parle plus seulement au nom d'une task force, il parle au nom d'une confiance présidentielle décorée. Chaque tas d'ordures non ramassé sera désormais lu comme un test de cette confiance.


3. Un nouveau regard, plus exigeant. Le revers de la médaille est immédiat. L'efficacité ne suffira plus. On attendra de lui des résultats mesurables à Kinshasa, avec la même transparence que ses détracteurs lui réclamaient à Kaniama. La distinction fait passer le curseur de "l'homme qui tente" à "l'homme qui doit réussir" — et sous le regard des défenseurs des droits humains, qui surveilleront que l'assainissement de la capitale ne se fasse pas au prix des libertés.


En bref, Tshisekedi ne décore pas seulement un parcours, il blinde son joker pour la bataille la plus visible de son mandat : rendre Kinshasa vivable.

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