« Jugés sur la base de la vérité » : la confession intégrale d'Axel et Laurine Lévi

Bonjour à tous, ici Axel et Laurine Lévi. C'est par ces mots simples, visage grave, que s'ouvre la vidéo du couple au sujet du scandale qui secoue depuis plusieurs jours le monde évangélique francophone.
Pas de décor d'église, pas de prédication. Un couple assis face caméra, venu simplement « demander pardon » et « confesser toute l'histoire, toute la vérité ». Une vidéo de rupture : celle par laquelle les anciens pasteurs principaux des églises MFD reconnaissent publiquement des années d'adultères croisés, annoncent leur retrait total de la gestion des églises, et tentent d'éteindre un flot de rumeurs, de faux témoignages et de cyberharcèlement.
![Axel et Laurine se marient à 22 ans. Ils s'aimaient, disent-ils, mais un événement précipite tout : Laurine est tombée enceinte hors mariage. Le mariage, idéalement envisagé pour 2017, est avancé à 2015.
Axel le reconnaît sans détour : il a épousé Laurine par amour, mais aussi parce qu'il « ne voulait pas être mis de côté dans [son] futur ministère à cause d'un enfant hors mariage ».
Quelques mois après le mariage naît leur premier garçon. Et presque en même temps naît l'église MLT, devenue ensuite le réseau MFD.
La suite tient en une phrase lucide et terrible : « nouvellement mariés, nouveaux parents et jeunes pasteurs ».](https://static.wixstatic.com/media/62e947_2987de6b0a9b49e9b364085956aa7df4~mv2.png/v1/fill/w_980,h_551,al_c,q_90,usm_0.66_1.00_0.01,enc_avif,quality_auto/62e947_2987de6b0a9b49e9b364085956aa7df4~mv2.png)
Voici, fidèlement restitué à partir de leurs propres paroles, ce qu'ils ont dit — et ce que cela signifie.
1. Une ouverture en forme de triple pardon, la confession intégrale d'Axel et Laurine Lévi
Dès les premières secondes, le ton est donné. Le couple ne cherche ni à se justifier, ni à contre-attaquer. Ils demandent pardon à trois cercles :
À l'ensemble du Corps du Christ dont ils disent faire partie ;
Aux membres, pasteurs et serviteurs des églises MFD ;
À tous ceux et celles qui ont été blessés d'une quelconque manière « par nos paroles, par les nouvelles, par nos actions ».
« Nous comprenons votre tristesse, votre déception, votre douleur et votre colère. Nous assumerons les conséquences de nos actions », déclare Axel Lévy.
Précision importante, martelée deux fois : cette confession n'est pas faite « pour nous dédouaner de quoi que ce soit ». Elle est faite, disent-ils, « pour que nous soyons jugés sur la base de la vérité et la vérité seule ». Une vérité qui, selon eux, « n'excuse rien », mais qui peut « sauver, avertir, voire même délivrer d'autres ».
C'est la ligne théologique de toute la vidéo : la chute exposée comme avertissement.
2. Mariés à 22 ans : amour, grossesse et peur du ministère
Pour comprendre, le couple remonte à l'origine : 2015.
Axel et Laurine se marient à 22 ans. Ils s'aimaient, disent-ils, mais un événement précipite tout : Laurine est tombée enceinte hors mariage. Le mariage, idéalement envisagé pour 2017, est avancé à 2015.
Axel le reconnaît sans détour : il a épousé Laurine par amour, mais aussi parce qu'il « ne voulait pas être mis de côté dans [son] futur ministère à cause d'un enfant hors mariage ».
Quelques mois après le mariage naît leur premier garçon. Et presque en même temps naît l'église MLT, devenue ensuite le réseau MFD.
La suite tient en une phrase lucide et terrible : « nouvellement mariés, nouveaux parents et jeunes pasteurs ».
Avec le recul, Axel estime qu'ils n'étaient « pas du tout aptes à endosser toutes ces responsabilités en même temps ». « J'ai cru, moi par orgueil, que nous pourrions le faire », ajoute-t-il.
C'est le premier aveu structurel de la vidéo, avant même les aveux moraux : un couple trop jeune, propulsé trop vite à la tête d'une œuvre, sans accompagnement, sans pause, sans aide.
3. 2018, 2019 : la chronologie d'un foyer brisé à deux
Vient ensuite le plus douloureux : « Concernant les fautes d'adultère, sur nos 11 ans de mariage, nous avons été adultères tous les deux. » La chronologie donnée est la suivante :
2018 : Axel tombe le premier. Il reconnaît avoir été adultère « avec des femmes ». Il dit avoir tout confessé à sa femme. Blessée, Laurine décide de lui pardonner. Lui décide alors de « se battre pour ne plus jamais recommencer ».
2019 : Laurine tombe à son tour. Elle lui avoue l'avoir trompé « avec des hommes ». La réaction d'Axel est violente : « Je suis rentré dans une colère noire. Puis j'ai voulu divorcer, car je ne supportais pas du tout la nouvelle. »
Pourquoi ne divorcent-ils pas ? Par peur, reconnaît-il : « J'ai eu peur de divorcer à cause du ministère. J'avais peur de tout perdre à cause du divorce. »
Le couple dit avoir confessé ses péchés à des amis, des connaissances et à leur pasteur. Mais, pensant « pouvoir s'en sortir tout seul », ils refusent une aide profonde.
« Ça a été la catastrophe », résume Axel.
Les phrases qui suivent décrivent un engrenage classique des couples pastoraux en crise : garder la face devant l'église alors qu'à la maison « le foyer était totalement brisé ».
Malgré, disent-ils, « de purs moments de vrai bonheur » et un amour réel l'un pour l'autre, chacun replonge :
Axel : « J'ai commis par la suite d'autres adultères. Et je me réfugiais dans ces relations pour fuir l'état de mon mariage ainsi que pour éviter le divorce. »
Laurine : « Et moi aussi, j'ai encore été adultère par la suite. Car le foyer étant détruit, je cherchais à être aimée, désirée chez d'autres hommes malgré le fait que c'est Axel que j'aime. »
Deux quêtes miroirs : être aimée, être respecté. Deux fuites qui détruisent ce qu'elles prétendent soulager.
« Toutes nos fautes ont été exposées aujourd'hui parce que Dieu voulait sûrement nous sauver là où nous pensions nous sauver en demeurant dans l'adultère », concluent-ils.
4. « Par peur, par orgueil, je n'ai pas confessé » : les pères manqués
Un des passages les plus forts concerne les mentors qu'ils n'ont pas osé solliciter.
Axel cite nommément : son pasteur, le pasteur Timothy, l'apôtre Ivan Castanou — « à qui Dieu nous avait connectés pour que nous puissions dire certaines choses » —, ainsi que l'apôtre Mohamed Sanogo ou encore l'apôtre Marcelo.
« Par peur, par orgueil, je n'ai pas confessé », dit-il. Et il endosse la responsabilité : « En tant que l'autorité et le chef de la famille, j'aurais dû sortir ma famille de ce traquenard, de ce gouffre. Mais j'avais peur. J'avais peur de ce qu'on penserait de moi. J'avais peur de tout perdre. » Il leur demande pardon « d'avoir tourné le dos alors qu'ils auraient pu nous aider ».
C'est une autocritique du leadership charismatique : l'image protégée au détriment de la guérison. Le couple affirme que Dieu les connectait « de plus en plus pour notre salut ou pour notre délivrance », mais qu'ils ont choisi le silence.
5. Ce qu'ils démentent : OnlyFans, membre d'église, fauteuil roulant
Autour de la polémique, reconnaissent-ils, il y a eu « beaucoup de fausses informations, de faux témoignages, beaucoup de spéculations et beaucoup de cyberharcèlement ». Ils veulent donc clarifier quatre points :
1. Une seule femme mariée, pas plusieurs. Axel affirme : « Je n'ai jamais eu de relation avec plusieurs femmes mariées. C'était une seule, une seule femme mariée. » Il demande pardon publiquement à son mari : « Je comprends sa colère, je comprends tout ce qu'il peut ressentir. [...] Je m'en voudrai toute ma vie. »
2. Jamais de compte OnlyFans. « Je n'ai jamais eu de compte OnlyFans », affirme-t-il.
3. Jamais d'adultère avec un membre de l'église. Démenti formel également.
4. Jamais de violences ayant conduit au fauteuil roulant. C'est le démenti le plus détaillé. Laurine s'était retrouvée en fauteuil roulant après une chute lors d'une sortie à l'accrobranche avec des sœurs de l'église, pas après des coups. Axel reconnaît en revanche « des gestes ou des comportements agressifs ainsi que violents à chaque fois que j'ai appris pour ces adultères ». Il précise aussitôt : « L'adultère ne justifie pas l'agressivité, peu importe sa forme ».
Il ajoute un point d'honneur : le prophète Jonathan Gambela « n'a rien à voir avec cette histoire. Il n'était même pas au courant, ni de loin, ni de près. »
6. « Nous ne sommes plus les pasteurs des églises MFD »
La vidéo se termine par trois annonces concrètes :
Le retrait. « Nous ne sommes plus les pasteurs des églises MFD, et nous croyons que les pasteurs qui sont en place feront un très bon travail. Nous n'avons plus aucun pouvoir de gestion au sein des églises. »
Axel demande pardon de « ne pas s'être arrêté plus tôt », de « ne pas avoir pris la décision de se faire aider ». Il affirme malgré tout : « Je vous ai toujours prêché la vérité. Je vous ai toujours prêché le vrai évangile. Je n'ai jamais prêché un message dilué. »
La restauration. Le couple dit vouloir « travailler à notre restauration individuelle, notre restauration aussi en tant que couple ». « Nous croyons que Dieu restaure, nous croyons que Dieu pardonne », répètent-ils.
Le pardon aux accusateurs. Dernier geste : « Nous pardonnons à tous ceux qui ont menti, tous ceux qui disent des faussetés sur nous. »
PETITE ANALYSE FINALE
Que retenir, au-delà de l'émotion sur la confession intégrale d'Axel et Laurine Lévi?
1. Une communication de crise maîtrisée sur la forme. Aveu mutuel, pas de minimisation, chronologie assumée, démentis précis sans attaquer les victimes, demande de pardon répétée, annonce de retrait. Sur le plan médiatique, c'est exactement ce qu'attendent les fidèles après un scandale : vérité, responsabilité, sanction.
2. Un diagnostic pastoral lucide. Le couple met le doigt sur trois failles systémiques des jeunes ministères : mariage précipité sous pression de l'image, triple fardeau simultané — couple, parentalité, pastorat — et peur de perdre le ministère qui empêche le divorce comme la demande d'aide. « Garder la face devant l'église alors qu'on aurait dû se faire aider », c'est la phrase qui devrait faire réfléchir toutes les jeunes œuvres.
3. Des zones d'ombre qui restent. Le format de 10 minutes ne permet pas tout : aucune date précise sur la durée des suspensions, aucun détail sur l'accompagnement thérapeutique et spirituel engagé, aucune parole des victimes directes, notamment du mari trompé. La restauration annoncée devra être prouvée par le temps et le silence, pas par une nouvelle série de vidéos.
En somme : une chute confessée à deux voix, un leadership qui s'efface, une restauration qui commence. Aux fruits, désormais, on jugera.



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