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Marche UDPS le 22 sept, match des Léopards au Stade des Martyrs le 24 sept et fantôme du C64 – Cocktail à haut risque à Kinshasa

Photo du rédacteur: La Rédaction
La Rédaction
16 sept.
4 min de lecture

Kinshasa retient son souffle. En l’espace de 48 heures, la capitale va vivre deux Congo : celui de la rue politique et celui de la ferveur footballistique.


Le 16 septembre, l’UDPS/Tshisekedi, par son secrétaire général Augustin Kabuya, a appelé à de « grandes marches populaires » le mardi 22 septembre 2026 dans les 145 territoires, pour soutenir les institutions, la loi portant organisation du référendum et le dialogue national annoncé par Félix Tshisekedi.


L’UDPS, parti au pouvoir, qui appelle à marcher comme un opposant, c’est un paradoxe qui interroge. « On ne peut pas être au pouvoir et opposant », résument déjà des commentateurs kinois. Trois risques majeurs : le risque rue contre rue,  le risque sécuritaire et logistique
Augustin Kabuya de l’UDPS appelle à des marches le 22 septembre pour soutenir les institutions, la loi sur le référendum et le dialogue national

Deux jours plus tard, le jeudi 24 septembre à 17h, les Léopards reçoivent la Guinée équatoriale au Stade des Martyrs pour la 1ère journée des éliminatoires, dans un stade fraîchement homologué après travaux.


Entre les deux : le souvenir encore frais de la marche de la coalition d’opposition C64 du 15 septembre, qui a mal tourné. Décryptage des conséquences, et des risques d’une semaine explosive.


1. Ce qui s’est passé le 15 septembre : la marche C64


La Coalition Article 64 (C64) – Fayulu, Kabund, Sesanga, Ensemble pour la République, ECiDé, A.Ch – avait appelé à une marche nationale contre tout projet de changement de la Constitution, le jour même de la rentrée parlementaire où la proposition de loi sur le référendum est inscrite en priorité.


À Kinshasa, le dispositif était massif. Deux cortèges principaux :


  • Échangeur de Limete : rassemblement dès la matinée sous encadrement policier. Arrivée à 12h30 de Jean-Marc Kabund, rejoint par Martin Fayulu et Delly Sesanga. Cortège de plus de 5 000 personnes sur le boulevard Lumumba.

  • Bandalungwa : militants d’Ensemble au pont Makele vers le rond-point Moulaert.


Le récit, documenté par Actualité CD et Radio Okapi, est concordant : marche encadrée au départ, puis perte de contrôle vers la 15e rue, envahissement de la chaussée, détonations à hauteur de la 13e rue, puis affrontements violents aux 11e et 12e rues Limete.


Des jeunes présentés comme membres de la Force du progrès, structure affiliée à l’UDPS, munis de pelles, machettes et armes blanches, ont attaqué le cortège. La police a répliqué aux gaz lacrymogènes. Panique générale, dispersion. Les trois leaders se sont éclipsés à la passerelle de la 13e rue. Fayulu, arrivé en boitillant au siège de l’ECiDé à Kasa-Vubu, a dénoncé un « guet-apens » tendu par le pouvoir.


En provinces, le tableau est contrasté : marche tenue à Bandundu, rassemblements empêchés ou dispersés à Matadi, Gemena – interdite pour cause d’épidémie Ebola –, Lubumbashi avec une vingtaine d’arrestations autour du député Christian Mwando, Kananga dispersée aux gaz, pas de marche à Mbuji-Mayi et Kisangani.


2. Commentaires locaux et internationaux, premières conséquences


Côté opposition : répression planifiée, droit constitutionnel de manifester violé, « guet-apens ». Delly Sesanga va plus loin : le dialogue voulu par Tshisekedi « ressemble à un soliloque ».

Côté majorité : l’UDPS félicite « l’ensemble du peuple congolais » d’avoir « dit non à la manipulation » et minimise la mobilisation C64. Christophe Lutundula défend le droit de manifester mais renvoie le débat constitutionnel au dialogue. Sama Lukonde appelle à « saisir la main tendue ».

Côté société civile et médias : choc des images de machettes en plein boulevard. L’ADD Congo réclame une enquête indépendante après le décès de Manassé Lomboto, cadre chargé de sécurité de Prince Epenge, qui aurait succombé à des blessures subies pendant la marche. L’accusation contre la Force du progrès n’est pas encore établie par enquête.


À l’international, la couverture reste pour l’instant limitée aux médias africains et congolais de la diaspora. Pas de communiqué officiel de chancellerie à ce stade, mais les observateurs des droits humains scrutent deux points : l’usage d’auxiliaires partisans aux côtés de la police, et le bilan humain. C’est le classique signal faible avant pression diplomatique.


Conséquence politique immédiate : la fracture référendum / Constitution s’est durcie. L’Assemblée nationale fait du référendum et des réformes électorales sa priorité de septembre. Le dialogue national, censé apaiser, démarre discrédité aux yeux de l’opposition qui refuse un cadre imposé.


3. Marche UDPS du 22 septembre : pourquoi c’est risqué à 48h des Léopards


L’UDPS, parti au pouvoir, qui appelle à marcher comme un opposant, c’est un paradoxe qui interroge. « On ne peut pas être au pouvoir et opposant », résument déjà des commentateurs kinois. Trois risques majeurs :


a) Le risque rue contre rue.

Après le 15 septembre, toute marche UDPS sera lue comme une réponse-revanche à la C64, pas comme un soutien institutionnel. Le précédent des 11e-12e rues montre que la cohabitation militants UDPS / opposition + Force du progrès + police peut basculer en minutes. Marcher dans les mêmes artères – Limete, Triomphal, Palais du Peuple – c’est rejouer le match avec les rôles inversés.


b) Le risque sécuritaire et logistique.

Kinshasa devra sécuriser simultanément une marche nationale à forte charge politique le 22, puis 80 000 supporters au Stade des Martyrs le 24. Police, GR, FARDC seront étirées. En cas de débordement le 22 avec interpellations, gaz, routes barricadées, la fatigue sécuritaire pèsera sur le dispositif du match. Inversement, instrumentaliser la ferveur des Léopards – drapeaux, chants, stade plein – à des fins politiques serait explosif pour l’image du football congolais.


c) Le risque institutionnel et économique.

Politiquement : si la marche UDPS dérape, le dialogue national et la loi référendaire perdront le peu de neutralité qui leur reste. Économiquement : Kinshasa paralysée deux fois en neuf jours – commerces fermés, taxis à l’arrêt, écoles perturbées comme à Lubumbashi le 15 – c’est un coût social que la capitale ne peut pas absorber, sur fond d’Ebola à l’Est et de vie chère.


4. Notre analyse : dissocier la fête du combat


Le pouvoir a le droit de mobiliser. L’opposition a le droit de manifester. Mais superposer calendrier partisan et calendrier sportif dans une ville aussi inflammable que Kinshasa, une semaine après des affrontements à la machette et un décès suspect, c’est prendre un risque inutile.


La sagesse commanderait un garde-fou : une trêve symbolique autour des Léopards : laisser la semaine du 21au 28 septembre au football, sans banderoles référendum, sans récupération. Le seul consensus qui unit encore Limete et Gombe, c’est le but des Léopards.


Le 15 septembre a montré que Kinshasa peut basculer pour un slogan de trop. Le 22-24 septembre dira si les acteurs ont appris – ou s’ils préfèrent la démonstration de force à la démonstration de responsabilité. Marche UDPS le 22 sept choc des Léopards au Martyrs le 24 sept Cocktail à risque.

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