Kinshasa : braquage en plein jour au centre-ville pendant que la police verrouillait la marche de la C64

Kinshasa, 15 septembre 2026. Pendant que des milliers de policiers quadrillaient la capitale pour encadrer — et dans plusieurs communes empêcher — la marche de la coalition d'opposition C64 contre le changement de la Constitution, des braqueurs armés d'armes de guerre ont frappé en plein centre-ville, en pleine journée.

Le contraste est saisissant. Et il révolte les Kinois.
Selon les témoignages recueillis sur place, l'attaque a été rapide, violente et méthodique. Des hommes cagoulés, à moto et à pied, ont pris pour cible un cambiste, l'ont dépouillé avant d'ouvrir le feu.
Un premier témoin résume, en lingala :
« Baye ba boteli biso mbongo, ba beti masasi awa » Traduction : « Ils sont venus prendre de l'argent et ont tiré des coups de feu ici. »
La victime, touchée par balle, a été évacuée en urgence :
« Sikoyo azali na hopital » Traduction : « Il est actuellement à l'hôpital. »
Ce qui choque le plus les habitants, ce n'est pas seulement la violence. C'est sa répétition. Au même endroit, en plein jour :
« Bazali ko lata ba cagoules, eza mbala ya liboso te » Traduction : « Ils portent des cagoules, ce n'est pas la première fois. »
Et surtout, c'est l'absence de réponse :
« Tobengi ba police, kasi ba koya te » Traduction : « Nous avons appelé la police, mais ils ne sont pas venus. »
Or ce mardi 15 septembre, l'absence n'a rien d'un hasard. Toute la machine sécuritaire était ailleurs.
D'après Radio Okapi, un important dispositif sécuritaire était déployé dès le matin dans la capitale : Échangeur de Limete, Bandalungwa au niveau du pont Makele vers le rond-point Moulaert, boulevard Triomphal, Palais du peuple pour la rentrée parlementaire.
À l'Échangeur de Limete, des militants de l'opposition s'étaient rassemblés avec drapeaux et chants sous l'œil du chef de la police de la ville-province, Israël Bankulu Kantu. À Bandalungwa, des partisans d'Ensemble pour la République marchaient vers Moulaert. Sur le boulevard Triomphal, la marche a été dispersée, avec entre 15 et 20 personnes arrêtées selon des sources relayées ce jour.
En provinces, même logique : rassemblements empêchés à Matadi et Gemena, marche dispersée à coups de gaz lacrymogènes à Kananga, interpellations à Lubumbashi au Square Forrest.
Autrement dit : ce 15 septembre, la priorité opérationnelle de la police à Kinshasa, c'était la C64. Pas les cambistes du centre-ville.
C'est là que le lien devient évident. Le centre-ville de Kinshasa, d'ordinaire quadrillé par la police de circulation, les patrouilles et les points de contrôle, s'est retrouvé dégarni. Les effectifs, les jeeps, les commandants : tous redéployés sur les itinéraires de la manifestation, dont l'itinéraire avait pourtant fait l'objet d'un accord entre l'opposition et l'Hôtel de ville.
Les braqueurs n'ont eu besoin ni d'être informés, ni d'être organisés à grande échelle. Ils ont juste eu besoin d'une fenêtre : une ville sans police au centre, une population sans recours, et la certitude que personne ne viendrait.
Un homme au calot blanc le dit clairement dans la vidéo : comment expliquer qu'en plein centre de la capitale, des criminels tirent, prennent l'argent et repartent à moto sans être inquiétés ? Sa réponse : la ville était vide de policiers.
Faut-il y voir une coïncidence ou une faute stratégique ? L'analyse est sans appel sur un point : on ne peut pas sécuriser une marche politique en insécurisant le reste de la ville. Mobiliser l'essentiel des forces pour contenir une manifestation pacifique contre le changement constitutionnel, tout en laissant les zones économiques les plus exposées — marchés, cambistes, boutiques — sans couverture, c'est un choix de doctrine.
Les Kinois ne demandent pas moins de maintien de l'ordre. Ils demandent un maintien de l'ordre qui protège aussi leur vie et leur argent, pas seulement les institutions.
Ce braquage du 15 septembre, documenté aussi par des images de fuite des braqueurs au centre-ville relayées sur restera donc comme le symbole d'une journée à deux visages : d'un côté, une capitale sous haute surveillance politique ; de l'autre, un centre-ville livré aux armes.
Et une question qui hante les témoins : si la police peut être partout pour empêcher de marcher, pourquoi n'est-elle nulle part quand on appelle au secours ?
Kinshasa : braquage en plein jour au centre-ville pendant que la police verrouillait la marche de la C64.



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